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Romance à la Carte

Dernière mise à jour : 26 févr. 2020


Note explicative : "Romance à la carte" est un petit jeu d'écriture interactive qui prend sa source sur le groupe facebook "Passion Romance". Une histoire est racontée par votre Marquise de Carabas et une question ponctue chaque passage clef afin que les lectrices et lecteurs puissent voter sur la direction générale de la narration. Bonne lecture à tous !

Episode 1 :

– Va te faire foutre, connard !

Jusque là planté sur le trottoir, j’esquive de justesse ma valise qui se jette par le balcon de ce qui semble être devenu mon ex-petite amie. Je ne peux que difficilement m’empêcher de sourire en ramassant mes caleçons et autres vêtements échappés du bagage pendant le vol plané.

Les passants m’observent mi-amusés, mi-gênés. Une femme me foudroie du regard, son portable collé à l’oreille, avant de lâcher un « Tous les mêmes » et de tourner talons.

Je devrais peut-être me sentir un peu plus concerné. Ou au moins légèrement triste. Pourquoi est-ce que je suis soulagé et limite hilare ?

Accroupi sur le bitume, je remets de l’ordre dans mes affaires et mes pensées quand une seconde salve me tombe sur la tête.

Je réalise qu’il s’agit des cadeaux que je lui ai faits quand un gosse se fout sérieusement de ma tronche. En relevant les yeux, je le vois en transparence à travers la nuisette en dentelle offerte pour la dernière Saint Valentin.

Plus haut, j’entends le claquement d’une fenêtre qu’on rabat sans ménagement. Je me laisse aller moi aussi à un énorme fou rire tout en retirant le vêtement délicat de mon visage.

On peut dire que ma journée commence en beauté...

Je jette les choses non désirées dans une poubelle alentour, remet mon chapeau sur ma tête, et la main sur la poignée, je soulève mes petites affaires.

Je dois prendre le large.

Au bout de quelques minutes de marche, je rêvasse un peu. Les dernières semaines me semblent tellement floues. Je crois que son prénom m’échappe déjà. Il serait peut-être temps que j’appelle...

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Miss Ness ?

Nicolas ?

Décision presque collégiale pour : Miss Ness !

Episode 2 :

Il serait peut-être temps que j’appelle Miss Ness. Il s’agit de ma coach de vie. J’ai pris cette décision sous la pression de mon frère et de mon colloc. Ils en avaient marre de devoir me récupérer dans des endroits pas possibles, complètement paumé et sans souvenir des semaines précédentes. Malgré plusieurs visites à l’hôpital et chez une poignée de psy, personne n’a vraiment réussi à savoir d’où venait cette amnésie cyclique. Ils ont donc tous les deux pris la décision de m’avoir un rendez-vous avec la célèbre spécialiste en relation de vie. Surtout de vie amoureuse si j’en crois les affiches de couples enlacés qui décorent sa salle d’attente. Elle a effectivement accepté, une fois de plus, de me recevoir en urgence, moi, mon chapeau et ma valise pleine de vêtements en vrac. Je pense que mon cas la fascine.

– Bonjour Alderic ! me lance sa voix posée.

Elle doit être la dernière personne sur la planète à me nommer comme cela. Même ma mère m’appelle Aldo aujourd’hui...

Je regarde sa silhouette maigrelette. Elle porte un épais pull en laine vert. Un long cou surmonté d’une petite tête gracile lui confère des airs de créature fantastique. Elle arbore d’immenses lunettes rondes et un chignon toujours impeccable qui me donnent la drôle de sensation d’être tombé à une autre époque. Voire sur une autre planète. Pourtant, elle ne semble pas plus âgée que moi, peut-être même de quelques années plus jeunes. Quelle étrange personne cette Miss Ness !

Tandis que je la suis dans son bureau, mon nez se fronce. Cela sent l’encens ainsi que quelque chose de plus indéfinissable. Elle constate ma grimace, sourit, et ouvre une fenêtre pour aérer la pièce. Je prends place sur le canapé, l’air distrait, ma valise posée à mes pieds.

Elle m’écoute lui compter les événements. Sa concentration est palpable. Je la vois noter quelques points sur son carnet.

Passé un temps de réflexion, elle me propose quelque chose.

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Elle aimerait essayer sur moi l’hypnose ?

Elle voudrait tester sur moi un nouveau logiciel ?

Episode 3 :

Miss Ness m’observe un long moment derrière ses larges binocles.

– Et si nous tentions l’hypnose sur vous, Alderic ?

Je déglutis. Non que je n’ai confiance en ma charmante coach, mais je ne suis quand même pas totalement confortable avec l’idée. Je pourrais dire ou faire des choses gênantes. Je la considère un long moment. Elle me regarde depuis son calme olympien. Je me demande si quelque chose peut réellement troubler cette femme. Mon esprit divague quelques instants avant que je ne le ramène à l’ordre.

– Je ne suis pas certain d’être une personne assez fiable pour cela, vous savez...

Miss Ness me sourit avec douceur. Elle m’explique que je serai conscient tout le long du travail et qu’il s’agit juste d’une mise en état second pour percevoir ce qui pourrait éventuellement bloquer ma mémoire.

J’acquiesce plus ou moins convaincu lorsqu’elle allume un petit poste à sa droite pour nous envelopper d’une musique zenifiante. Une demi-seconde je l’envisage beaucoup moins vêtue. Je me fâche intérieurement. Il est vraiment urgent que j’arrête d’avoir des pensées aussi déplacées. Et je suis certain qu’elle n’est pas du genre à mettre les sous-vêtements que je viens de lui imaginer.

Je l’écoute guider ma respiration et m’efforce de m’appliquer. Elle me demande de visualiser un petit chemin de traverse et de lui décrire le paysage. Je vois un champ immense et doré, des maisons rustiques regroupées en hameaux au loin. Le ciel est bleu été et l’air est doux. Je crois me souvenir de cette balade que je faisais jeune homme, lorsque mes parents m’envoyaient chez ma grand-mère.

Je vous raconterais bien la suite, mais...

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Je me suis endormi...

Mon téléphone s’est mis à vibrer dans ma poche.

Episode 4 :

Je vous raconterais bien la suite, mais mon téléphone s’est mis à vibrer dans ma poche. Me sortant de ma torpeur. Les lèvres de Miss Ness se sont étirées en un étrange rictus de mécontentement. Je n’avais jamais vu cette expression chez elle.

– Vous savez que je vous demande de couper votre cellulaire en rentrant pourtant, Alderic, me précise-t-elle de sa voix calme.

Je hoche la tête. J’essaye de ne pas sourire au fait qu’elle doit être la dernière personne à dire cellulaire pour un portable. Puis, décroche quand même pour répondre. Je crois vaguement entendre un petit soupir de la part de ma coach.

– Nico ? Qu’est ce qu’il se passe ? J’étais en séance avec Miss Ness et...

J’écoute la voix de mon colloc interrompre ma phrase. Une boule me remonte immédiatement dans la gorge. Je me lève sans vraiment y penser. Récupère ma veste sur le dossier du canapé, me dirige vers l’entrée, et l’oreille toujours collée à mon téléphone, je fais un geste en guise de salut. La porte se ferme derrière moi, sur l’air totalement sidéré de ma consultante.

Je dévale les étages par les escaliers de secours et débouche sur la rue pleine du brouhaha de la circulation. Je scrute la chaussée à la recherche d’un taxi. Lève le bras dès que j’en aperçois un de libre.

Une fois échoué sur la banquette, je reprends mon souffle et annonce enfin au téléphone :

– J’arrive !

J’appuie sur l’icône rouge et vois disparaitre la conversation de l’écran. Je ressens comme un malaise puissant qui se déverse dans ma gorge.

Pour ne pas avoir à trop réfléchir, je...

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me plonge dans mes souvenirs.

regarde par la fenêtre la ville défiler.

Episode 5 :

Pour ne pas avoir à trop réfléchir, je regarde par la fenêtre la ville défiler. Je me suis habitué à ces rues grises sous ce ciel blanchâtre. Les gens sont un peu raccord dans ce décor sans contraste. Ils ont l’air toujours si pressé et si triste à la fois. Les nuages se déchirent par endroit montrant que le printemps finira bien par arriver un jour, timidement... humidement aussi sans doute.

J’entends frapper les souvenirs sous mon crâne, mais je m’agrippe au paysage urbain pour ignorer leur raffut.

La voix du chauffeur se rappelle à moi au bout de quelques instants.

– Mon petit gars, sans savoir où on va, on va tourner longtemps... pas que ça me dérange, mais ça risque de vous couter un peu.

Confus, je lui donne notre destination. Jusqu’à ce matin, c’était juste l’adresse de notre appartement à Nico et moi.

Mais je pouvais oublier toute notion de certitude à présent.

Mes yeux cherchent à nouveau quelque chose à quoi accrocher leur tentative de diversion. Ma conscience s’enroule autour d’un vieil homme qui pousse son vélo dans la pente de l’avenue. Il semble usé et limé, son nez pointu lui donne des airs de rats des villes.

Rat des villes.

Rat des champs.

Ma mémoire se fissure, le soleil du sud se déverse sans que je ne puisse rien faire.

Putain, Soa ... pourquoi es-tu là ? Pourquoi faut-il que tu viennes foutre encore plus la merde dans ma vie...

La voiture s’arrête et je m’en extirpe à contrecœur après avoir réglé la course. Je me sens si stupide. Si je ne voulais tellement pas la voir, pourquoi me précipiter ainsi ?

Un instant, toute l’ironie de la situation me saute au visage. De toutes les histoires de ma vie, il faut que ce soit celle-ci dont je me souvienne que trop et toutes les autres qui soient incapables de me rester en tête.

J’aurais peut-être dû en parler avec Miss Ness au lieu de débouler ici ventre à terre.

Un frisson m’agrippe le corps. Je réalise que je suis parti sans même remettre mon manteau. Et voilà que je me pèle en bas de chez moi. Quel con !

Mais, Soa est revenue.

Soa... est revenue.

Sur le point de pousser la clenche de l’immeuble...

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je décide de rebrousser chemin.

la porte s’ouvre devant moi.

Episode 6 :

Sur le point de pousser la clenche de l’immeuble, la porte s’ouvre devant moi. Je me retrouve nez à nez avec madame Michon, la concierge. Son visage s’illumine d’un sourire presque malsain. C’est fini, je ne vais pas pouvoir faire marche arrière.

Tout en m’annonçant qu’elle a du courrier pour Nicolas et moi dans sa loge, elle m’intime de la suivre. Sa langue s’agite à une vitesse stupéfiante et m’assomme de toute la masse de son aptitude à la rumeur. Je sais déjà que la petite demoiselle du 3ème est sortie très tôt ce matin en talon avec un tailleur trop court pour elle. Que le célibataire du 6ème a cherché son chat une partie de la nuit dans la cour en osant l’appeler à voix haute. La famille du 4ème a été atrocement bruyante dans l’ascenseur et elle a même trouvé un papier de bonbon sur le sol ! Les gens ne respectent plus rien ! C’est inacceptable. Et puis, évidemment, parce que je le sentais venir comme un coup de poignard bien aiguisé :

– D’ailleurs, c’est qui cette jeune femme qui est arrivée chez vous tout à l’heure ? Une fille avec deux garçons, ce n’est pas sain mon petit ! ça va jaser !

Et on peut compter sur vous pour ça, n’est-ce pas Madame Michon... m’empressé-je de garder pour moi.

Elle me poursuit dans l’escalier que j’ai tenté de prendre pour éviter d’être enfermé avec elle dans l’ascenseur. Elle doit monter dans les étages pour porter son courrier à Madame Guingois. Mes deux lettres dans les mains, je hoche la tête mécaniquement.

– Elle s’est cassé le col du fémur, la pauvre... Quand je pense que ces enfants ne la visitent que tous les deux jours. Quelle époque, mon petit, quelle époque !

J’arrive enfin à mon palier, je la salue poliment et ouvre la porte de notre appartement pour la refermer derrière moi le plus vite possible avant qu’elle ne trouve autre chose à me dire. Un énorme soupir de soulagement sort de mes poumons. J’avais presque oublié pourquoi j’étais revenu si tôt à la maison.

C’était sans compter sur Soa...

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Elle est là devant moi, la moue amusée...

Elle traverse devant moi à peine enveloppée dans une serviette éponge humide...

Épisode 7 :

C’était sans compter sur Soa...

Elle est là devant moi, la moue amusée...

Et, soudain, c’est toute ma vie qui défile devant mes yeux. Notre adolescence, la mer, le sable sur sa peau métissée, les après-midi de fou rire, les soirées à la lumière des étoiles. Les confidences et les rêves irréalisables. Soa...

– Tu en fais une tête, Do !

Je tressaille. Ce surnom qu’elle est la seule à utiliser. Sa voix. La bouche légèrement narquoise. Les yeux en galaxie flamboyante. Je sais que je dois me resaisir avant que...

– Qu’est-ce que tu fous là ? grogné-je sans réussir à mettre assez de conviction dans ma mauvaise humeur feinte.

Nico passe la tête, les cheveux ébouriffés et l’air mal réveillé du mec tombé du lit alors que ce n’était pas prévu...

– Cela m’intéresse aussi de savoir en fait... ajoute-t-il pour information.

Elle nous rit au nez et déclare :

– Je vais prendre une douche et je vous dis ça après les gars !

Elle se penche vers moi, attrape ma tête à deux mains et colle un baiser sur mon front. L’intégralité de mes muscles se crispe. Elle m’aurait giflé que cela n’aurait pas été aussi violent.

Le temps de reprendre mes esprits, elle a déjà claqué la porte de notre petite salle de bain derrière elle. Nicolas me lance un regard plein de compassion.

Il faut impérativement que nous nous débarrassions d’elle, sinon nous sommes foutus... C’est signé d’avance...

Assis comme deux glands sur le canapé, on cherche dans des cases vides des idées cohérentes pour la faire quitter les lieux dans les plus brefs délais. C’est à ce moment-là que...

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Le téléphone de Soa sonne sur la table basse.

Nico a un plan génial.

Épisode 8 :

Le téléphone de Soa sonne sur la table basse. On tressaille tous les deux quand la voix nasillarde du chanteur des Cure braille un « Boys don't cry » en guise d’alerte sonore. Je me vois tendre mon bras et attraper l’objet. Curiosité malsaine ? Réflexe ? Déjà jaloux ? Je suis en mode automatique. À côté de moi, je sens Nico retenir son souffle.

Je ne sais pas trop ce qu’il me passe par la tête, mais je prends l’appel notifié inconnu.

– Allo, déclare ma voix blanche.

– Oh ! c’est toi Aldo ! Je suis rassurée, tu es avec Soa. Elle refuse de décrocher depuis plusieurs jours, me répond sans hésiter la personne au bout du fil.

Je lance un regard désespéré à Nico qui comprend tout de suite ce qu’il se passe. Il s’agit de Léonie, la mère de Soa. Il s’ensuit une longue conversation où elle me fait jurer de prendre soin de sa tornade de fille. Que c’était quand même mieux quand j’étais avec elle, et que je reste le gendre de son cœur pour toujours !

Je passe de livide à translucide, et quand je raccroche enfin, Soa est dans l’encadrement. Elle a compris suffisamment la situation pour me lancer un :

– Alors comme ça on répond à mes appels, Do chou ?

J’entends le bruit sourd du piège qui vient de se refermer sur moi. C’est foutu. Je vais être son chaperon jusqu’à ce qu’elle décide de se barrer d’elle-même. Mon pote me lance un regard plein de compassion... et de soulagement. Il a failli être à ma place

– Puisque tu l’as promis à Maman, je suppose que tu sors avec moi ce soir ?

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Cette fois, c’est non. Pas moyen que je me fasse avoir à nouveau, je refuse !

Je reste interdit. Une forte lassitude s’empare de moi.

Épisode 9 :

Cette fois, c’est non. Pas moyen que je me fasse avoir à nouveau, je refuse ! Je reste silencieux une demi-seconde, puis la toise avec un air de défi. – Non, Soa. C’est toi qui sors avec moi. J’ai des choses à te montrer. Elle penche un peu la tête sur le côté, plisse les yeux, jauge la profondeur de ma motivation. – Ok, conclut-elle. Je me sens toujours plus ou moins à poil quand elle me scanne comme ça. Mais, c’est son pouvoir à elle. Son aptitude à nous connaître trop bien. Nico est en train de se débiner vers l’entrée. Je le chope par l’épaule brusquement et le ramène vers moi. – Donc, c’est décidé, ce soir on sort tous les trois. Et préparez-vous, car on a de la route. Mon pauvre compagnon de misère déglutit. Il est coincé autant que moi et pas moyen que je le laisse déguerpir. Une heure plus tard, je sonne le rappel dans l’entrée. À mes pieds, des duvets, un sac à dos rempli de bouffe et de sodas, et sur moi, un gros coup vent verdâtre hérité de mon paternel. J’ai renvoyé déjà Soa se changer cinq fois, et Nicolas s’approche de moi en grommelant, engoncé dans un manteau à capuche sombre. – Tu vas nous dire où tu nous emmènes au moins ? – À la mer. Ma réponse flotte quelques minutes au-dessus de leurs têtes. – Mais t’es taré, on est au mois de mars, on va se les cailler grave ! proteste Nico. Je le fixe du regard assez longtemps pour qu’il se range à ma décision, en silence. Soa nous observe, amusée. Pas un mot. Elle se baisse juste pour jeter sur ses épaules le sac à dos de victuaille, puis nous précède dans