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Née de la mer 

Je me suis endormie dans le creux d'une vague juste à coté du nid du Léviathan. J'ai rêvé la Mer de l'intérieur mais je ne sais pas comment on doit l'écrire. Houlée, roulée dans son ventre immense et glissant, j'ai été bercée comme seuls le sont les enfants Sur le flanc soyeux des requins, j'ai dessiné les symboles de la mort avec un sang qui n'était pas le mien. Ah tu m'aimeras, tu m'aimeras bien. Mes doigts jouaient avec ceux si longs, si affectueux des poulpes géants qui essayaient de leur bouche ronde de me sucer les pieds. Mélodie pleurant le coquillage perdu, et qui nacre mes orteils. Ah que je suis belle, que je suis belle. Je me suis entendue avec les courants, pour voyager à travers les aquatiques continents. De Is à l'Atlante, il n'y a qu'un battement d'écaille, en éventail. J'ai vu au fond des abysses, les taureaux et les chevaux, des offrandes non consommées par des dieux absentés. Je les entendais ruminer et rogner les anémones, lécher le sel bleuté des rochers. J'ai pleuré la perle rosée qu'un beau soir un jeune marin m'a volée. Ah tu me le payeras, tu me le payeras bien. Plusieurs fois allongée dans les forets de coraux, j'ai parlé de longues heures avec le poisson doré. Celui qui réalise les vœux quand à sa mer on le relâche. Il est vieux aujourd'hui, et dit que les hommes ne savent pas souhaiter. J'ai dansé sur les plages pour attirer les innocents à la noyade, je les ai caressés et tous aimés. Mes baisers étaient plein de sel et de trésors, de promesses et d'air manquant. Dans mes bras ils sont tous morts souriants. Et leur chair était tendre à manger, tendre et si chaude. Ah pourquoi t'éloigner, t'éloigner de moi mon aimé ? Mourir il le faut, mais dans mon ventre tu dormiras. Pour l'éternité, houlé, roulé, bercé comme le sont seuls les enfants. J'ai regardé sombrer les plus grands rêves, les plus grands espoirs, les plus belles illusions des hommes. Conquêtes, richesse et gloire coulaient toutes de la même façon, glissant des brèches de leur coque fendillée. Coulant dans le fond des océans comme des liquides mordorés. Je croisais les regards des vieux marins, vides et glacés, qui, assis sur mon sable blanc, s'interrogeaient sur la mort. Je prenais leurs mains calleuses dans la mienne si douce, trop douce pour eux. Et je les emmenais plus loin encore, par les profondeurs, faire leur dernier voyage, leur dernier songe, leur dernière histoire d'amour avec la mer. Et je les laissais, enfants de nouveau, jouer avec les vieux trésors oubliés, se prendre pour des rois, se prendre pour des dieux. Ce n'est qu'une fois endormis dans un coffre couvert de mousse orangée, que je venais les cueillir pour leur souhaiter une nuit éternelle. Ah qu'il sont doux ces vieux enfants là, qu'ils ont été rendu sucrés et mûrs par le temps. Mais tu frémis mon amour ? Il ne faut pas, il ne faut pas. J'ai vu à la surface, des champs d'étoiles parler de l'océan. Comme elles voudraient y plonger et sentir la tiédeur des courants dans leurs cheveux dorés. J'ai entendu pleurer la lune d'avoir perdu son amant qui lui préféra les riches profondeurs à son sombre ciel. Toujours ses soupirs règlent nos ébats et nos danses. Avec moi, tu danseras. Tu danseras bien. J'ai soufflé les cristaux de sel sur les falaises, dessinant des sculptures toujours changeantes. Modelant la terre sous mon étreinte répétée, jouant de mon bassin la féroce lutte de la vie. Et le soleil m'a murmuré que j'étais sa préférée. A chaque crépuscule il s'en vient caresser mes cuisses de sa langue brûlante, et illuminer ma peau de son souvenirs omniprésent. Ah mon ami, tu pleure ? Mais pourquoi ? Le temps n'est qu'un voile dont l'on-t-a habillé à la naissance. Viens tout près de moi que je te mette à nu. Tu aimeras, tu aimeras ça. J'ai serré dans mes bras les nourrissons par les hommes à la mer rejetés, contre mon sein pur, d'un lait si doux et enivrant. Je les ai abreuvé jusqu'à lire dans leur yeux innocents, la fierté, la vengeance et la rage. Ils m'ont tous quitté pour aller boire le sang de ceux qui les avaient bannis. Ah mes enfants, mes enfants chéris. J'ai vu l'orage rugir après le vent, la mer et l'occident, rugir sans raison, rugir pour le plaisir. Et venir fauve indolent, m'arracher de mon sommeil abyssale pour m'offrir les restes des naufrages. J'ai lu les secrets espoirs dans les veines des capitaines, aux navires coulés par la tempête débordante de colère. L'orgueil soumit à la volonté des lames écumantes. J'ai goûté leur peau rude et leur sang brûlant, leur cœur d'acier au jus sombre et envoûtant. Ah qu'elle est bonne, qu'elle est puissante la chair des arrogants. J'ai souhaité connaître la terre, dure et aride, vaste et solide. J'ai rêvé dans les yeux du Soleil que je dormais dans un pré et que nous étions fiancés. Ah tu m'épouseras, tu m'épouseras bien. J'ai pleuré la mort de la vieille baleine, par mille dards percée, on l'entendait hurler encore mille jours après son dernier soupir. Que l'homme est cruel, que l'homme est cruel. Mais toi mon aimé, tu as les yeux si clairs, on dirait que tu n'as jamais connu ni la pluie, ni les nuits sauvages. Celles où l'on subit le roulement incessant des flots mécontents. Viens tout près de moi, que dans mes bras tu oublie le silence et le froid, la peur et l'imprudence

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