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Quelques textes



Orange


Tu étais posé contre moi, avec ce souffle innocent. Un peu saccadé.  Hésitant.

J'avais les doigts glissés contre tes veines.

Branchée sur les battements de ton cœur, j'entendais le feu t'immoler.  Je déposais ma bouche contre ta gorge, je voulais lécher le sel sur ta peau, oublier.

Je ne me sentais pas réellement consciente, cette ivresse qui amène lentement à la démence.

Ce soulagement.

Tu étais blotti contre moi, un peu maladroit, un peu bruyant dans ton silence.

Dans tes yeux, la peur délectable de ceux qui découvrent.

Je ne voulais pas faire ça.

Quelques rochers s'effondraient entre les lèvres de l'océan,  fébriles et brutaux.

Tu glissais et te débattais, je n'étais que sentier escarpé et brèche coupante.

Du sang dans tes lèvres jusqu'à tes extrémités, et la tête en arrière dans le néant.

Tu m'étais enchaîné, et à chacun de tes débats, des larmes en nous coulaient.

Je t'ai raccroché contre ma chaire. Et lentement...

Tu étais posé contre moi, avec ce souffle innocent.

Un peu saccadé.

Hésitant.



Anatolie


Le souffle.

Coupé, abrupte, la course qui résonne sur le sable, et dévale en poudre d'or le firmament.

La peau.

Irritée, brûlée, en péril, le son des veines qui déborde, rubis filant.

Droit vers l'océan, sous un ciel d'apothéose. Le temps s'étrangle entre ses doigts pâles. Elle est vertige.

Puis, le basculement, l'éclaboussure, pure, totale. Le scintillement d'argent vif, cristallin brisé dans le sel bleuté.

Jusqu'à ce que son bas ventre soit confiance, puissance, écaille de chaire dans la trame des marées.

Là où la vie est abysse. Elle glisse.




Douche


Eau giclante sur peau nue.

                              Les coques fendent le ciel aquatique, en caresse laconique.

Chaque geste est lent, intense, doucement sensuel. Autant de soupir retenu, à sa propre attention.

                              Les mains sur les cordages glissent, gestes automatiques, le visage face au vent, la liberté engouffrée dans les vêtements.

Elle se cambre légèrement, et contourne les courbes généreuses de ses seins, lourdement posés sur les larges coulées savonneuses.

                              Le bois est épais sous les pieds baignés de soleil, la terre est si loin, si proche.

Les mains dans l'humidité de ses cheveux, elle épouse en myriade le vertige délicieux dans le creux de ses paumes.

                              Les voix sont rauques, la sueur perle, brillante, tandis que claquent les voiles éclatantes.

Les doigts glissés tout contre son pubis, elle laisse se déverser le lait saponite.

                              Les mouvements sont brusques, et les muscles se tendent merveilleusement en reflet cuivré.

Les yeux mi clos, elle sourit.

                              Le regard porté au loin, il sourit.





***


Tu regardes par la fenêtre. Le temps est un peu gris, un peu sale.

Tu as des chuchotements dans la tête, des visages qui se rident, et des yeux qui parlent de suicide. Tout cela n'est plus vraiment limpide, et te trouble le cœur à grand coup de relent.

Tu aimerais bien crier, mais ta peau est sèche et irritée. Alors, tu restes là à regarder la pluie tomber sur la vitre de ton corps.

Tu voudrais bien baiser, mais tes mains sont inertes, le long des borborygmes de ton souffle.

L'autre fois tu as entendu tes veines pleurer, c'était un peu saccadé, et ça se déversait dans tout ton cerveau.

Tu allumes une autre cigarette invisible. Tu ne fumes pas. Tu ne sais pas.

Tes paupières papillonnent sur le vide, tu sens le ciel qui s'engouffre en toi, à grand postillon, et cela te secoue, et t'immerge.

Tu as envie de vomir. Alors tu es à genoux, droite et debout, mais à genoux.

Et tu le sais.

Tu continueras à sourire.

Et tu le sais.

Tu continueras à rire.

Et tu le sais.

Tu continueras à frémir.

Et tu le sais...

Le chat, clairvoyant, a préféré se rendormir.  Tu ne te souviens plus vraiment ce qui t'a fait perdre le contact. Tu glisses tes doigts contre ta joue, c'est un peu humide et doux.

Tu te sens soulagée, un peu comme après avoir joui.

Tu regardes le ciel s'écarter sur quelques crevasses de soleil, et tu respires à nouveau normalement.

Tu te dis je t'aime, et pour cette fois, tu trouveras ça plutôt élégant.

Tu iras marcher lentement, au milieu des gens pressés, et parfois tu les percuteras de tes lèvres étirées de joie.

Tu seras leur crevasse de soleil.

Là, au coin de leur ciel gris.




Spirale


Au Nord, les pieds nus dans la neige,

Frisson floconné, odeur de bruit blanc,

Quelques hyperboréens attachés en bandoulière,

Le nez rosi par des camélias de sang.

Elle attend, elle attend, elle attend.


Ah je t'ai aimé, je t'ai aimé, mon doux amant,

Amandes et firmaments, tu m'as laissé

A l'orée de l'aube terrible de promesse,

Au creux des bourgeons et des ronces dénudées,

Je me suis mise à attendre l'été.


La fenêtre entrebâillée sur le volet fermé,

Je me suis allongée sur la fraîcheur de la terre brûlée,

Mon corps était zénith et nadir, tout à la fois,

D'ombre et d'or délacé à l'ombre du figuier,

La bouche entrouverte,  au sud, je t'ai embrassé.


Dans les contrées nouvelles, elle a déposé l'âme,

Quelques herbes dansent à ses pieds abîmés.

Elle a tellement marché pour le retrouver.

Mais dans sa gueule acérée, l'ouest sauvage l'a emporté,

Et partout l'orange du ciel coule de ses plaies.


Adieu, Adieu mon tant aimé.

En hiver, je vais revenir t'inventer.

Au nord de toi, à nouveau,

Dans la plaine immaculée,

Je m'allongerai.

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